Les Gourmantché ont fondé l’un des royaumes les plus stables et centralisés d’Afrique de l’Ouest précoloniale : le royaume du Gulmu (ou royaume de Gourma), dont les origines remontent probablement entre le XIIIᵉ et le XVIᵉ siècle. Selon les traditions orales (notamment dagomba et gulmu), l’ancêtre fondateur serait Diaba Lompo (ou Jaba Lompo), un chasseur ou devin venu de l’est (parfois associé au Tchad ou à des migrations plus anciennes). Il est considéré comme le premier souverain de la lignée royale. Ce royaume était organisé autour d’une monarchie forte, avec une capitale successive (comme Kujuabongou aux origines, puis Fada N’Gourma). Il comprenait plusieurs diéma (chefferies régionales regroupant des villages), comme ceux de Pama, Madjoari, Siétougou, Kpenciangou ou Tambifoagou. Les Gourmantché ont résisté à plusieurs invasions et pressions extérieures :

Aux expansions songhaï au nord-ouest, Aux incursions peules (notamment au XIXᵉ siècle, avec des révoltes et conflits), Aux migrations et rivalités régionales.

Parmi les figures historiques marquantes :

Diaba Lompo : fondateur mythique, souvent présenté comme sacrificateur ou devin, lien sacré avec la terre. Yendabili (ou Yendabli) : considéré comme le 14ᵉ souverain de la lignée royale issue de Diaba Lompo. Il est associé à de nombreuses légendes, notamment celle du baobab sacré de Yendabli, arbre mythique portant des traces de chevaux et symbolisant la résistance et la protection spirituelle du royaume. Jakpanbado Yuabili : l’un des plus grands résistants à la pénétration coloniale française à la fin du XIXᵉ siècle. Chef courageux et peu connu du grand public, il incarna la lutte armée et symbolique contre l’occupation dans le Gulmu. Kupiendieli : autre chef gourmantché qui s’opposa farouchement à la colonisation française, symbole de la résistance des peuples de l’Est.

Le royaume a maintenu une organisation politique décentralisée mais hiérarchisée, avec l’empereur (Naba ou Nunbado) à Fada N’Gourma et des chefs régionaux. Le Nungu (ou Nunbado de Nungu) garde une primauté honorifique sur les autres chefs du Gulmu. Société, organisation et rôle des chefs La société gourmantché repose sur :

Les chefs coutumiers (chefs de village ou de lignage), Les chefs de terre (maîtres du sol, garants des rituels agricoles et de l’équilibre cosmique), Une forte articulation entre pouvoir politique et autorité spirituelle.

Les chefs de terre interrogent littéralement la Terre (via des oracles, géomancie ou « langage des dieux ») pour prendre des décisions collectives. Cette pratique unique fait des Gourmantché un peuple qui « soumet à la parole de la Terre ». Croyances, rituels et lien sacré à la terre Les Gourmantché sont profondément attachés aux croyances traditionnelles animistes, même si beaucoup intègrent aujourd’hui l’islam (souvent de manière syncrétique). Ils pratiquent :

Le culte des ancêtres et des esprits de la nature, Le culte du soleil et des forces invisibles, Les sacrifices (bulo ou buli) sur des autels fixes (souvent des termitières, carrefours, tombes ou arbres sacrés), La géomancie et les oracles pour interroger les puissances, Des rituels agricoles très codifiés : demandes de pluie, protection des semences, récoltes (boukpaanli ou dilembo en fin de campagne – bien que certains aient été abandonnés après des malheurs répétés).

La terre est perçue comme vivante, habitée par les ancêtres. Les autels sacrificiels marquent le territoire ; leur déplacement ou reproduction permet de maintenir le culte même en cas de contraintes (comme les aires protégées modernes). Les scarifications faciales longues (des tempes au menton) sont un signe distinctif traditionnel. Économie et vie quotidienne Principalement agriculteurs sédentaires, ils cultivent mil, sorgho, maïs, arachide et petit élevage. Les marchés locaux, les échanges et les danses traditionnelles rythment la vie. Les danses (comme celles de la troupe Yendabili) racontent l’histoire et maintiennent la mémoire collective, avec des tam-tams emblématiques résonnant souvent la nuit dans l’Est. Résilience et modernité Malgré la colonisation française (fin XIXᵉ – 1960), les Gourmantché ont préservé l’essentiel de leur identité. Aujourd’hui, ils adaptent leurs traditions à l’État moderne, à l’urbanisation et aux défis (sécheresse, aires protégées, sécurité). Chaque village reste une « mémoire vivante » : un lieu où passé et présent dialoguent. Les Gourmantché incarnent une résilience exceptionnelle : gardiens d’un royaume millénaire, d’une spiritualité liée à la terre et d’une culture qui refuse l’effacement face aux changements. Leur exemple montre comment un peuple peut rester fidèle à ses racines tout en s’ouvrant au monde contemporain, faisant de l’Est burkinabè un bastion de continuité culturelle en Afrique de l’Ouest.