Le Koko Donda (ou Kôkô Dunda, Koko Dunda, parfois orthographié Koko Donda) est un pagne traditionnel burkinabè, emblématique de l’Ouest du pays, particulièrement de Bobo-Dioulasso (région des Hauts-Bassins). C’est un tissu tissé à la main, multicolore et vibrant, qui incarne l’artisanat local, la créativité des femmes et l’identité culturelle de la « capitale culturelle » du Burkina Faso. Son nom, en langue dioula (langue véhiculaire de l’Ouest), signifie littéralement « l’entrée de Kôkô » ou « à l’entrée de Kôkô », en référence à un quartier historique ou un lieu précis de Bobo-Dioulasso où ce tissu était autrefois fabriqué ou vendu en abondance. D’autres interprétations évoquent une origine plus ancienne, liée à des expressions dioula comme « Galla fani » (tissu teinté), mais l’appellation Koko Donda s’est imposée durablement. Origines et histoire : du pagne des humbles au symbole de fierté nationale Le Koko Donda est un tissu ancien, produit depuis des décennies (voire des siècles) dans les quartiers artisanaux de Bobo-Dioulasso, notamment Kombougou ou d’autres zones de tissage traditionnel. À l’origine, il était souvent associé aux classes populaires ou aux « sans emploi » (selon certaines expressions dioula anciennes), porté par les épouses des hommes modestes – un pagne accessible, fait maison, sans prétention luxueuse. Contrairement au Faso Dan Fani (tissé sur métiers horizontaux traditionnels, souvent rayé et porté comme symbole révolutionnaire sous Sankara), le Koko Donda est typiquement produit par des femmes tisserandes sur des métiers à tisser verticaux ou semi-manuels, avec des motifs plus libres, multicolores et parfois plus denses. Longtemps discret ou perçu comme un tissu « de quartier », il a connu une renaissance spectaculaire ces dernières années (années 2010-2020). Des créateurs, stylistes et artisans burkinabè l’ont modernisé : motifs audacieux, couleurs vives (vert, violet, bleu, rouge, jaune), mélange de fils coton organique, résistance à la décoloration. Il est passé du statut de pagne « modeste » à un emblème de fierté nationale, porté dans la mode urbaine, les cérémonies, les écoles et même à l’international. Des initiatives comme des formations par la gendarmerie (ex. Falagountou en 2025) ou des projets solidaires (Speranza Association, Mani Tese, Caffè Pascucci en Italie) valorisent les femmes artisanes, créent des emplois et exportent le tissu vers l’Europe et l’Afrique. Fabrication : un savoir-faire féminin et artisanal Le Koko Donda est 100 % coton local (souvent bio ou organique), filé, teint et tissé à la main :
Filage et teinture : majoritairement par des femmes, avec des colorants naturels ou modernes (résistants, ne déteignant pas). Tissage : sur métiers traditionnels, produisant des bandes ou des pièces plus larges que le Faso Dan Fani classique. Motifs : multicolores, souvent en blocs, rayures irrégulières, géométriques ou abstraits – plus variés et « pop » que les rayures classiques du Faso Dan Fani. Le tissu est doux, agréable au toucher, respirant et durable. Confection : cousu en pagnes, chemises, robes, vestes, pantalons, uniformes scolaires ou tenues modernes.
Bobo-Dioulasso reste le cœur de production (marchés comme Wend Taaba, ateliers familiaux), avec des groupements d’artisans et des pages Facebook/Marché Koko Dunda pour la promotion. Signification et rôle contemporain : identité, économie et empowerment féminin Le Koko Donda représente :
La créativité des femmes burkinabè : majoritairement fabriqué et commercialisé par elles, il symbolise l’autonomie économique et l’empowerment. La fierté locale de l’Ouest : à Bobo-Dioulasso, il est devenu une identité vestimentaire forte, rivalisant avec le Faso Dan Fani national. La résilience culturelle : passé d’un pagne « populaire » à un produit prisé, il montre comment valoriser l’artisanat face à la concurrence des imports. L’impact social : formations, emplois pour les femmes, projets humanitaires (ex. soutien aux veuves, déplacées), export éthique.
Aujourd’hui, il est partout : uniformes scolaires (comme dans certains établissements qui l’ont adopté comme tenue officielle), mode contemporaine (robes longues, chemises habillées, costumes mixtes Faso Dan Fani/Koko Donda), cérémonies, festivals et même collaborations internationales (mode éthique en Italie). Il unit les Burkinabè autour d’un tissu « made in Bobo », accessible et élégant. Le Koko Donda n’est pas seulement un pagne : c’est un fil multicolore qui relie l’histoire modeste d’un quartier de Bobo-Dioulasso à la modernité fière du Burkina Faso. Chaque motif, chaque couleur raconte la patience des artisanes, la vitalité de l’Ouest et la capacité d’un peuple à transformer un tissu simple en symbole d’élégance, de dignité et d’avenir. Au Burkina, enfiler un Koko Donda, c’est porter l’âme vibrante de Bobo sur soi.







