Le Monument de la Princesse Yennenga (ou Monument Yennenga, Statue de Yennenga) est l’un des symboles les plus emblématiques et les plus vénérés du Burkina Faso, érigé en 1984 et rénové en 1996. Situé au cœur d’Ouagadougou, à l’angle des avenues Yennenga et de la Résistance du 17 mai (un carrefour majeur près du centre-ville), ce monument équestre monumental rend hommage à Yennenga (ou Poko), la princesse guerrière légendaire considérée comme la mère fondatrice du peuple mossi, ethnie majoritaire du pays. Histoire et légende Yennenga est une figure mythique du XIᵉ-XIIᵉ siècle, originaire du royaume de Dagomba (actuel nord du Ghana, capitale Gambaga). Fille du roi Naaba Nedega (ou Naa Gbewaa) et de la reine Napoko, elle était une guerrière exceptionnelle : cavalière hors pair, experte au maniement des armes (lance, arc, javelot), elle combattait aux côtés de son père contre les royaumes voisins pour défendre le peuple. Refusant le mariage imposé par son père (qui voulait la confiner au rôle de femme au foyer), elle s’enfuit à cheval, déguisée en homme, accompagnée d’un fidèle serviteur. Dans la brousse, elle rencontre un chasseur mandingue nommé Rialé (ou Riale). Leur union donne naissance à un fils : Ouedraogo (« étalon » en mooré), nommé ainsi en hommage au cheval qui facilita leur rencontre. Ouedraogo fonda le premier royaume mossi à Tenkodogo (vers le XVᵉ siècle), dont les descendants étendirent les royaumes mossi (Ouagadougou, Yatenga, etc.) sur plusieurs siècles. Yennenga incarne la bravoure, l’indépendance, la résistance aux normes patriarcales et la force féminine – des valeurs qui résonnent profondément au Burkina Faso. Description et architecture Le monument est une statue équestre imposante représentant Yennenga en guerrière : montée sur un cheval au galop, arme à la main (souvent lance ou arc), posture dynamique et fière. Réalisée par le sculpteur burkinabè Siriki Ky (ou attribuée à son atelier), elle est en bronze ou matériau durable, haute de plusieurs mètres, et domine le rond-point avec élégance et puissance. Sa forme monumentale, avec des détails soignés (cheveux tressés, tenue de guerrière, expression déterminée), en fait une œuvre d’art public iconique. Rôle contemporain et symbolisme Le Monument Yennenga est bien plus qu’une sculpture : il est un emblème national de la féminité forte, de la résistance et de l’identité mossi-burkinabè. Il inspire :

La fierté culturelle : Yennenga est la « mère des Mossi » et une héroïne panafricaine. Le cinéma : le trophée suprême du FESPACO s’appelle l’Étalon d’Or de Yennenga (ou Étalon de Yennenga), récompensant le meilleur film africain. Le sport : l’équipe nationale de football s’appelle Les Étalons en référence au cheval d’Ouedraogo et à l’héritage de Yennenga. La société : elle symbolise l’émancipation des femmes, l’indépendance et la lutte contre l’oppression.

Aujourd’hui, le monument est un lieu de passage quotidien, de photos touristiques et de commémorations. Il attire visiteurs et locaux, rappelant que la force d’une nation repose sur ses figures légendaires – surtout quand elles défient les conventions pour fonder un avenir. Le Monument de la Princesse Yennenga n’est pas seulement une statue : c’est une cavalière éternelle qui galope au cœur d’Ouagadougou, portant sur son dos l’histoire, la bravoure et la dignité d’un peuple. Au Burkina Faso, la contempler, c’est se souvenir qu’une femme rebelle, un cheval et un amour interdit ont donné naissance à un royaume millénaire. C’est un hommage vivant à la force des femmes qui refusent de plier et qui tracent leur propre chemin.