La Mosquée de Bani (ou Grand Mosquée de Bani, souvent appelée les Mosquées de Bani ou les Sept Mosquées de Bani) est l’un des ensembles architecturaux religieux les plus fascinants et les plus singuliers du Burkina Faso. Située dans le village de Bani, dans la province du Séno (région du Sahel, à environ 40 km au sud de Dori et entre Kaya et Dori), elle forme un complexe unique de sept mosquées en banco (terre crue) qui attire l’admiration pour son style sahélo-soudanais, sa symbolique mystique et son intégration au paysage aride du Sahel burkinabè. Histoire et fondation Le complexe a été réalisé entre la fin des années 1970 et le début des années 1980 (principalement achevé vers 1978-1980) sous la vision mystique et spirituelle d’El Hadj Mohamadou Ibn Hamadou (ou Mohamed el-Hajj), un homme pieux originaire de Bani. Après un long séjour en retraite spirituelle dans la brousse (certains récits parlent de 40 années de méditation), il reçut l’inspiration divine de construire ces mosquées. Il les édifia avec l’aide de la communauté locale, sans budget important, en utilisant uniquement des matériaux traditionnels : banco, bois et technique de construction manuelle. Les sept mosquées ne sont pas orientées vers La Mecque de façon classique : six d’entre elles, perchées sur la colline de Bani, sont tournées vers la grande mosquée principale située en contrebas (à la base de la colline). Cette disposition inhabituelle renforce le caractère symbolique et mystique du site, souvent décrit comme une « ville aux sept mosquées ». Architecture et caractéristiques L’ensemble suit le style sahélo-soudanais (ou soudano-sahélien) typique de l’Afrique de l’Ouest :

Matériaux : banco (terre crue mélangée à de la paille et de la bouse), poutres en bois apparentes (souvent en saillie comme des « piquets »), pas de ciment moderne. Grande Mosquée (principale) : Dimensions impressionnantes : environ 34 m de long, 25 m de large, 4,5 à 10 m de haut selon les murs. Soutenue par 100 piliers en terre (chacun environ 5 m de haut), symbolisant les 100 noms d’Allah (Asma ul Husna) dans la tradition islamique. Murs épais pour l’isolation thermique, toiture plate avec des ouvertures pour la lumière et la ventilation.

Les six mosquées secondaires sur la colline : plus petites, mais tout aussi imposantes, avec des formes coniques, des minarets rudimentaires et des arcs en plein cintre. Pas de minaret traditionnel élevé : l’appel à la prière se fait depuis les toits ou les hauteurs naturelles.

Ces mosquées résistent au temps grâce à un entretien communautaire régulier (re-badigeon annuel au banco avant la saison des pluies). Signification culturelle et spirituelle La Mosquée de Bani est un chef-d’œuvre du patrimoine islamique sahélien :

Elle incarne une foi profonde alliée à une vision mystique. Elle symbolise l’harmonie entre spiritualité, architecture vernaculaire et environnement (le banco se fond dans le paysage ocre du Sahel). Elle représente la résilience des communautés sahéliennes face aux conditions extrêmes (chaleur, sécheresse, vent).

Le site est un lieu de prière, de recueillement et de psalmodie, mais aussi un témoignage vivant de l’artisanat traditionnel et de la créativité collective. Rôle contemporain Aujourd’hui, les Mosquées de Bani sont un site touristique patrimonial majeur du Sahel burkinabè, visité par des voyageurs en quête d’authenticité et d’architecture unique. Malgré l’insécurité régionale (Sahel), le site reste préservé par la communauté locale. Il est souvent comparé aux grandes mosquées en banco de Djenné (Mali) ou de Mopti, mais avec une configuration unique et une symbolique propre. Les Mosquées de Bani ne sont pas de simples lieux de culte : ce sont sept sentinelles de terre dressées dans le Sahel, nées d’une vision mystique et construites par la foi et les mains d’un village. Au Burkina Faso, les contempler depuis la plaine ou monter sur la colline, c’est toucher du regard un miracle architectural sahélien : des murs de banco qui portent les 100 noms de Dieu et défient le temps dans un paysage aride. Un lieu où le spirituel, le mystique et le génie humain se rencontrent dans une beauté humble et éternelle.