Après la période révolutionnaire (1983-1987), le Burkina Faso, comme la plupart des pays africains, fait face à une crise économique sévère : dette extérieure élevée, déséquilibres budgétaires, inflation et faible croissance. À partir de 1991, le gouvernement signe avec le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale son premier Programme d’Ajustement Structurel (PAS). Ces programmes s’inscrivent dans le « Consensus de Washington », une doctrine économique dominante à l’époque. Les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) Les PAS visaient à rétablir l’équilibre macroéconomique et à restructurer l’économie en profondeur. Leurs principaux axes étaient :

Stabilisation : Réduction des déficits budgétaires, maîtrise de l’inflation, compression des dépenses publiques (notamment les salaires de la fonction publique et les subventions). Libéralisation économique : Suppression des contrôles des prix, libéralisation des échanges extérieurs, dévaluation du franc CFA (1994), ouverture aux investissements étrangers et déréglementation des marchés intérieurs. Réformes structurelles : Restructuration ou suppression des entreprises publiques, réforme du système bancaire et fiscal, et promotion du secteur privé comme moteur de la croissance.

L’objectif officiel était de créer les conditions d’une croissance durable en réduisant le rôle de l’État dans l’économie et en favorisant l’efficacité par le marché. La vague de privatisations Dans le cadre des PAS, le Burkina Faso engage une importante politique de privatisation entre les années 1990 et 2000 :

Des dizaines d’entreprises publiques ou parapubliques sont cédées partiellement ou totalement au secteur privé (national ou étranger). Parmi les exemples emblématiques : sociétés agro-industrielles (sucre, huile, coton), transport, imprimerie, énergie, télécommunications, etc. Certaines entreprises sont liquidées lorsque leur redressement paraissait impossible.

Cette vague visait à alléger le poids financier de l’État, à améliorer la gestion et l’efficacité des entreprises, et à attirer des capitaux privés. Bilan et débats Les PAS et la libéralisation ont produit des résultats contrastés :

Aspects positifs : Amélioration de certains indicateurs macroéconomiques (inflation maîtrisée, retour de la croissance dans les années 1990-2000), ouverture de l’économie, arrivée d’investisseurs étrangers et modernisation de certains secteurs. Aspects controversés : Réduction des dépenses sociales (éducation, santé), compression de l’emploi public, difficultés pour les entreprises locales face à la concurrence, et augmentation des inégalités dans les zones rurales. Beaucoup d’observateurs estiment que ces réformes ont fragilisé le tissu social et économique sans toujours produire une industrialisation solide.

Aujourd’hui, ce chapitre reste un sujet de débat : certains y voient une période nécessaire de remise en ordre, d’autres une perte de souveraineté économique. Dans les années récentes, le Burkina Faso a amorcé un mouvement de réaffirmation de la souveraineté industrielle (reprises de contrôle ou nationalisations dans certains secteurs stratégiques), marquant une évolution par rapport à la logique des PAS des années 1990.