Promulguée le 4 août 1984 par l’Ordonnance n° 84-050/CNR/PRES sous le régime du Conseil National de la Révolution (CNR) dirigé par Thomas Sankara, la RAF constitue l’une des mesures les plus emblématiques et radicales de la Révolution burkinabè. Elle marque une rupture profonde avec le système foncier hérité de la colonisation et des traditions coutumières. Principes fondamentaux de la réforme
Nationalisation des terres : Toutes les terres du territoire national sont déclarées Domaine Foncier National (DFN), propriété exclusive de l’État. La propriété privée individuelle de la terre est supprimée. Abolition des droits coutumiers : Les chefferies traditionnelles perdent leur pouvoir d’allocation et de contrôle des terres. La terre ne peut plus être transmise par héritage coutumier ou vendue comme une marchandise. Accès à la terre par le travail : La terre appartient à celui qui la met en valeur. L’attribution des parcelles se fait selon des critères d’utilité sociale et productive, prioritairement aux paysans qui la cultivent effectivement. Aménagement planifié : Le territoire est organisé en trois zones distinctes : Zone d’habitation Zone de production agricole Zone de réserve (protection de l’environnement, forêts, etc.)
Les Comités de Défense de la Révolution (CDR) jouent un rôle central dans la mise en œuvre locale de cette réorganisation. Objectifs déclarés
Libérer les paysans de l’emprise des chefs coutumiers et des intermédiaires. Favoriser une agriculture moderne, productive et collective. Lutter contre la spéculation foncière et les inégalités rurales. Accélérer l’autosuffisance alimentaire du pays (la Révolution visait à ce que chaque Burkinabè puisse faire « deux repas par jour »). Promouvoir une gestion rationnelle et planifiée du territoire national.
Héritage et portée La RAF de 1984 reste aujourd’hui encore l’une des réformes les plus discutées et symboliques de l’histoire contemporaine du Burkina Faso. Elle incarnait une volonté radicale de démocratisation de l’accès à la terre, d’émancipation paysanne et de souveraineté nationale sur les ressources foncières. Même si elle a été partiellement remise en cause après 1987, ses principes ont profondément influencé le débat foncier burkinabè pendant des décennies. Elle reste une référence pour tous ceux qui réfléchissent à la question agraire, à la justice sociale rurale et à la relation entre l’État, les communautés et la terre. La RAF symbolise une tentative historique de rompre avec les structures féodales et coloniales pour mettre la terre au service du peuple et du développement.



