L'Impérialisme au Burkina Faso : Une Histoire Détaillée de Domination, de Résistance et de Lutte pour la Souveraineté Le Burkina Faso, autrefois connu sous le nom de Haute-Volta, est un pays d'Afrique de l'Ouest qui incarne à la perfection les ravages de l'impérialisme européen, particulièrement français, depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours. Ce phénomène n'est pas une abstraction historique lointaine ; il s'agit d'un processus concret, multiforme et évolutif qui a profondément marqué la société, l'économie, la politique et la culture burkinabè. L'impérialisme s'est installé par la violence coloniale directe, s'est maintenu via des mécanismes néocoloniaux subtils (économiques, militaires et diplomatiques), et continue d'être contesté par des mouvements souverainistes radicaux. Dans cette description détaillée, nous explorerons chronologiquement et thématiquement comment l'impérialisme a "gangrené" le pays – un terme qui évoque une infection progressive et destructrice – en nous appuyant sur des faits historiques vérifiables, des exemples concrets, des acteurs clés et des analyses contextuelles. Peu importe la longueur, l'objectif est d'expliquer tout du mieux possible pour que vous, visiteurs de ce site, puissiez saisir la complexité de cette domination et les efforts de résistance. Nous diviserons l'analyse en phases historiques, en mettant l'accent sur les mécanismes d'installation, de maintien et de contestation. 1. Les Origines : La Conquête Coloniale Française (Fin XIXe Siècle – 1919) L'impérialisme s'installe au Burkina Faso par une conquête militaire brutale, inscrite dans la "course à l'Afrique" des puissances européennes lors de la Conférence de Berlin (1884-1885). La France, motivée par l'expansion territoriale, l'accès aux ressources et la main-d'œuvre bon marché, vise à connecter ses possessions en Afrique de l'Ouest (Sénégal, Soudan français – actuel Mali) avec celles de l'Est (Dahomey – actuel Bénin).

Les Expéditions Militaires et la Violence Systématique : Dès 1888, l'explorateur français Louis-Gustave Binger traverse la région, cartographiant et négociant des traités avec les royaumes locaux. Mais c'est en 1895-1897 que la conquête s'intensifie. Le capitaine Paul Voulet et Julien Chanoine mènent des campagnes sanglantes contre les royaumes mossi (le plus puissant, centré sur Ouagadougou), les Gourounsi, les Gourmantché et les Lobi. Des massacres collectifs sont commis : par exemple, la bataille de Ouagadougou en 1896 voit le Mogho Naba (roi mossi) Wobgo résister, mais la ville est prise et incendiée. Les Français utilisent des armes modernes (fusils Lebel, canons) contre des lances et des arcs, imposant des "protectorats" par la force. Des villages entiers sont rasés pour briser la résistance, et des chefs locaux sont exécutés ou exilés. Cela crée un traumatisme durable, avec des pertes humaines estimées à des milliers. L'Exploitation Économique Immédiate : Une fois conquis, le territoire est administré comme une "colonie de peuplement" limitée, mais surtout comme un réservoir humain. Les impôts en nature ou en travail forcé sont imposés : les Burkinabè doivent cultiver du coton pour l'exportation vers la métropole française, sous peine de sanctions. La culture obligatoire du coton débute dès 1900, alimentant l'industrie textile française. Les migrations forcées vers les plantations de cacao en Côte d'Ivoire commencent, avec des quotas de main-d'œuvre imposés aux chefs locaux. L'Impérialisme Culturel et Administratif : La France impose sa "mission civilisatrice" : écoles missionnaires enseignent le français et dévalorisent les langues locales (mooré, dioula), les coutumes et les religions animistes. L'administration coloniale divise le territoire en cercles et cantons, cooptant certains chefs traditionnels (comme le Mogho Naba) comme "pions" pour collecter impôts et recruter travailleurs. En 1919, la Haute-Volta est officiellement créée comme colonie distincte, mais elle est supprimée en 1932 pour être dépecée entre la Côte d'Ivoire, le Soudan français et le Niger – une décision purement économique pour maximiser l'exploitation ivoirienne.

Cette phase pose les bases : l'impérialisme n'est pas seulement militaire, mais économique (extraction de ressources) et idéologique (supériorité raciale française). Le pays est "gangrené" dès le départ par une dépendance forcée. 2. La Colonie et l'Ère Pré-Indépendance (1919-1960) : Consolidation de l'Exploitation Réinstaurée en 1947 sous pression des élites mossi et des "évolués" (Burkinabè éduqués en France), la Haute-Volta reste un appendice de l'Empire français.

Travail Forcé et Migrations Massives : Le "travail obligatoire" (corvées pour routes, barrages) est légalisé jusqu'en 1946. Des centaines de milliers de Burkinabè sont envoyés en Côte d'Ivoire comme "travailleurs saisonniers" – en réalité, une forme d'esclavage moderne. L'économie est orientée vers l'export : coton, arachides, bétail, au profit de compagnies françaises comme la Compagnie Française de l'Afrique Occidentale (CFAO). Résistances Locales et Répressions : Des révoltes éclatent, comme celle des Lobi en 1915-1916 (réprimée par bombardements aériens) ou les grèves des cheminots en 1947. La France répond par des massacres et des déportations. Politiquement, des partis comme le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) émergent, influencés par le communisme, mais sont surveillés. La Guerre et l'Indépendance Nominale : Pendant la Seconde Guerre mondiale, des Burkinabè sont enrôlés de force dans l'armée française (Tirailleurs sénégalais). L'indépendance du 5 août 1960 est accordée dans le cadre de la décolonisation gaullienne, mais avec des chaînes : accords de coopération qui maintiennent la France comme tuteur militaire, économique et monétaire.

À ce stade, l'impérialisme mute : de direct, il devient indirect, via la "Françafrique" – un réseau d'influence post-coloniale. 3. Le Néocolonialisme Post-Indépendance (1960-1983) : Domination Économique et Instabilité Politique L'indépendance est une illusion. Maurice Yaméogo (premier président) signe des accords secrets avec la France.

Le Franc CFA comme Outil de Contrôle : Créé en 1945, le CFA (Communauté Financière Africaine) oblige 50% des réserves à être déposées au Trésor français, garantissant la convertibilité mais limitant la souveraineté monétaire. Cela empêche le Burkina de dévaluer pour booster ses exports et favorise les importations françaises. Instabilité Entretenue : Coups d'État successifs (1966 par Sangoulé Lamizana, 1980 par Saye Zerbo) sont souvent soupçonnés d'être influencés par Paris pour éliminer des leaders trop nationalistes. L'économie stagne : dépendance au coton (80% des exports), aide française conditionnée. Pions Locaux : Élites formées en France (fonctionnaires, militaires) servent de relais, recevant privilèges en échange de loyauté.

4. La Révolution Sankariste (1983-1987) : La Première Grande Rupture Anti-Impérialiste Thomas Sankara, capitaine progressiste, prend le pouvoir par coup d'État le 4 août 1983.

Mesures Radicales : Renommage en Burkina Faso (1984) pour rejeter l'héritage colonial. Nationalisations partielles (mines, terres), autosuffisance alimentaire via barrages et coopératives, vaccination de 2,5 millions d'enfants en 15 jours (1984), alphabétisation massive, émancipation des femmes (interdiction de la polygamie forcée), lutte contre la désertification (plantations d'arbres). Discours Anti-Impérialistes : À l'ONU (1984) et Addis-Abeba (1987), Sankara dénonce la dette ("un impérialisme recyclé"), le CFA, l'aide qui "nourrit la paresse", et appelle à un front uni africain. Il refuse l'aide française et pivote vers Cuba, Libye, URSS. Assassinat et Suspicions : Le 15 octobre 1987, Sankara est tué lors d'un coup d'État. Blaise Compaoré, son ami, est suspecté, avec des liens présumés à la France (via Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire) et la CIA. Cela brise la révolution, mais Sankara devient un symbole panafricain.

5. L'Ère Compaoré (1987-2014) : Apogée du Néocolonialisme et Gangrène Systémique Compaoré inverse tout : rétablit les liens avec l'Occident, privatise, et devient un pilier de la Françafrique.

Corruption et Népatisme : La famille Compaoré contrôle l'or (mines comme Tambao), le commerce (importations via François Compaoré), les marchés publics. Estimations : des milliards détournés, avec des villas en France. Répression et Contrôle Social : Le RSP (créé en 1995) est une milice d'élite : tortures, disparitions (Henri Zongo 1989, Norbert Zongo 1998 – journaliste enquêtant sur François). Médias censurés, opposition achetée ou éliminée. Clientélisme et Parti Unique de Fait : Le CDP distribue postes, terres aux chefs mossi et syndicats. Élections truquées (1991 : 86%, 2005 : 80%) avec observateurs occidentaux complaisants. Rôle Géopolitique : Médiateur en Côte d'Ivoire (crise 2002-2011), Libéria (soutien à Charles Taylor), Mali. En échange : aide militaire française (opération Sabre 2010), impunité pour crimes. Exploitation Économique : Multinationales (Areva pour uranium, IAMGOLD pour or) pillent sans taxes équitables. CFA maintenu, dette gonflée.

Le système tient par peur, argent et utilité : Compaoré est "indispensable" pour Paris et Washington contre l'islamisme naissant. 6. La Chute et la Transition (2014-2022) : Usure et Continuité

Insurrection 2014 : Tentative de 3e mandat déclenche émeutes ; RSP tire, mais Compaoré fuit (exfiltré par forces françaises). Transition sous Kafando, putsch RSP raté (2015). Kaboré (2015-2022) : Élu, mais pro-occidental : Barkhane active, CFA intact. Insécurité jihadiste (Ansarul Islam, GSIM) explose dès 2015, tuant des milliers.

7. L'Ère Traoré (2022-Aujourd'hui) : Rupture Souverainiste et Défis Actuels

Coups de 2022 : Damiba (janvier) hésite ; Traoré (septembre) radicalise : expulsion française (2023), rejet CEDEAO (sanctions 2023-2024), AES avec Mali-Niger. Mesures Anti-Impérialistes : Contrôle mines (nationalisation or 2023), discours accusant France/USA de financer terrorisme pour déstabiliser. Pivot Russie (Wagner/ASS 2023), Turquie, Chine (infrastructures). Défis en 2026 : Attaques jihadistes persistantes (Nord/Est), tentatives déstabilisation (coup déjoué janvier 2026), mobilisations populaires (meetings massifs). Traoré prône "révolution progressiste" : armée populaire, justice sociale.