Il était une fois, il y a plusieurs siècles, dans les vastes savanes qui allaient devenir le Burkina Faso, des peuples qui s’installaient, cultivaient le mil, élevaient du bétail et apprenaient à vivre ensemble sous le soleil brûlant. Vers le XIIIe siècle, des migrants venus de l’est, les Gourmantché, fondèrent le puissant royaume du Gulmu, avec pour centre ce qui deviendra Fada N’Gourma. Leur roi, Diaba Lompo, instaure une autorité forte, des chefs de terre sacrés et une résistance farouche aux envahisseurs. À l’ouest, des chefferies senufo et karaboro prospèrent autour de Banfora et de Sindou, tandis que dans le sud, les Lobi et les Kassena construisent des maisons-forteresses et des villages peints de symboles protecteurs. Mais l’histoire bascule vraiment au XIVe siècle. Une princesse guerrière, Yennenga, fille du roi de Dagomba (actuel Ghana), refuse le mariage imposé par son père. Elle s’enfuit à cheval, déguisée en homme, traverse la Volta et rencontre un chasseur mandingue, Rialé. De leur union naît un fils, Ouedraogo – « l’étalon » – qui fonde, vers 1328-1330, le premier royaume mossi à Tenkodogo. C’est la naissance d’une dynastie qui va changer la carte du pays. En quelques décennies, les Mossi se multiplient et se divisent en royaumes puissants : Tenkodogo reste le berceau, Ouagadougou devient la capitale politique sous Naaba Oubri au XVe siècle, Yatenga (Ouahigouya) s’affirme au nord, Boussouma, Kaya, Dédougou et d’autres royaumes mossi émergent. Leur force ? Une armée de cavaliers redoutable, une administration hiérarchisée avec le Mogho Naaba au sommet, et une résistance légendaire : ils repoussent les armées du Songhaï, résistent aux razzias peules et maintiennent leur indépendance face aux expansions islamiques venues du nord. Au même moment, le royaume Gourma reste indépendant à l’est, les Lobi et les Kassena préservent leur autonomie au sud avec leurs architectures uniques et leurs cultes animistes, tandis que les Peuls, éleveurs nomades, commencent à s’installer au Sahel et fondent des émirats islamiques comme le Liptako et le Barani à partir du XVIIIe siècle. Du XVe au XIXe siècle, le Burkina précolonial est donc une mosaïque vivante : au centre, les royaumes mossi dominent par leur puissance militaire et leur organisation ; à l’est, le Gulmu résiste ; au sud, les Lobi, Kassena, Gan, Karaboro et Toussian vivent en chefferies autonomes ou en royaumes décentralisés ; au nord, les Peuls étendent leur influence pastorale et religieuse. L’économie repose sur l’agriculture, l’élevage, le commerce de l’or (notamment autour de Loropéni), du sel, de la kola et, hélas, des esclaves capturés lors des guerres. Les religions animistes dominent, avec des cultes des ancêtres, des esprits de la terre et des sacrifices ; l’islam progresse lentement chez les commerçants dioula et les Peuls. Tout bascule à la fin du XIXe siècle. À partir de 1888, les colonnes françaises venues du Haut-Sénégal-Niger commencent leur conquête. Les Mossi, sous le Mogho Naaba Wobgo et d’autres chefs, résistent farouchement. Les Lobi opposent une guérilla acharnée avec leurs flèches empoisonnées. Les Gourmantché luttent jusqu’au bout sous des chefs comme Jakpanbado Yuabili. Mais la supériorité des armes à feu finit par l’emporter : Ouagadougou tombe en 1896, le pays est pacifié de force entre 1896 et 1904, et en 1919, la colonie de la Haute-Volta est officiellement créée. Ainsi s’achève l’époque des royaumes précoloniaux : une histoire de migrations, de fondations héroïques, de cavaliers mossi, de forteresses de terre peinte, de résistances tenaces et d’un équilibre fragile entre peuples qui, pendant des siècles, ont façonné un espace riche en royaumes, en traditions et en fierté. Un monde qui n’a jamais vraiment disparu : il vit encore dans les noms des rues, les fêtes traditionnelles, les chefferies coutumières et la mémoire collective du Burkina Faso d’aujourd’hui.